]
Les défis de l'Afrique horizon 2020 face aux tensions géostratégiques : bonne gouvernance et développement.
Contribution

Contribution

Les défis de l’Afrique horizon 2020 face aux tensions géostratégiques : bonne gouvernance et développement.

En ces moments de grands bouleversements géostratégiques, le grand défi de l’Afrique, en ce XXIème siècle avec un grands bouleversement des mutations économiques et une forte concurrence , est la bonne gouvernance et la valorisation du savoir afin de permettre son développement.

Enie


1.-L’Afrique couvre 30,353 millions de km2. La population est passée de 966 millions d’habitants en 2009 à 1 075 millions, mais sept pays regroupent 51% de la population. En 2020, la population africaine devrait passer à 1,3 milliard et à 2 milliards en 2040. Il existe non pas une Afrique mais des Afriques. Certains pays notamment le Nigeria, le Gabon, le Tchad, la République démocratique du Congo, l’Algérie, la Libye sont spécialisés dans le pétrole, le gaz et les matières premières, qui connaissent une forte demande et un prix élevé sur le marché mondial leur permettant une relative aisance financière mais artificielle en fonction des cours mondiaux et donc de la croissance de l’économie mondiale notamment des pays développés et émergents. A l’inverse, des pays comme le Bénin, le Malawi, l’Ile Maurice, le Swaziland, l’Ethiopie, le Togo, le Mali, qui sont pénalisés dans des produits qui connaissent souvent une détérioration en termes d’échange, la misère, la famine et souvent des conflits internes et externes où le budget des dépenses militaires en Afrique dépassent l’entendement humain au détriment de l’allocation des ressources à des fins de développement. Les pays constituant l’Afrique par zones sont : a-Afrique du Nord – Algérie – Égypte – Libye – Maroc – Tunisie. b – Afrique occidentale – Bénin – Burkina Faso – Côte d’Ivoire – Ghana – Guinée Bissau – Libéria – Mali – Mauritanie – Nigeria – Sénégal – Togo. c – Afrique centrale – Burundi – Cameroun – République centrafricaine – République démocratique du Congo – Guinée équatoriale – Rwanda – Tchad. d – Afrique orientale – Djibouti – Erythrée – Ethiopie – Kenya – Ouganda – Soudan – Tanzanie. e – Afrique australe et océan indien – Afrique du Sud – Madagascar – Malawi – Maurice – Zambie. – Zimbabwe. La population africaine qui représentera le quart de la population mondiale horizon 2040. Pour le PIB , des 20 pays les plus riches du continent le classement de la Banque mondiale pour 2019 est le suivant : 1. Nigeria : PIB (447,01 milliards $) ; 2. Afrique du Sud : PIB ( 385,53 milliards $) ; 3. Egypte : PIB (298,15 milliards $) ; 4. Algérie : PIB (200,17 milliards $) ; 5. Maroc : PIB (122,46 milliards $) ; 6. Angola : PIB (110,19 milliards $) ; 7. Kenya : PIB (98,26 milliards $) ; 8. Ethiopie : PIB (88,17 milliards $) ; 9. Tanzanie : PIB (60,30 milliards $) ; 10. Ghana : PIB (57,23 milliards $) ; 11. Lybie : PIB (51,33 milliards $) ; 12. Côte d’Ivoire : PIB (49,40 milliards $) ; 13. RDC : PIB (46,12 milliards $) ; 14. Tunisie : PIB (42,28 milliards $) ; 15. Cameroun : PIB (40,13 milliards $) ; 16. Ouganda : PIB (29,87 milliards $) ; 17. Zambie : PIB (26,12 milliards $) ; 18. Zimbabwe : PIB (21,63 milliards $) ; 19. Sénégal : PIB (26, milliards $) ; 20. Botswana : PIB (19,78 milliards).

2.-Qu’en est-il du rapport du 16 novembre 2020 de L’indice 2020 Mo Brahim sur la gouvernance en Afrique repris par l’AFP et Reuters ? Tout en prenant avec précaution les bases de l’élaboration de l’indice qui ne fait pas l’unanimité, mais étant un indicateur, le rapport de l’indice Mo Ibrahim 2020 sur la bonne gouvernance en Afrique en date du 16 novembre 2020, se fondant sur quatre catégories : sécurité et État de droit, participation et droits de l’Homme, opportunités économiques durables et développement humain, montre qu’en 2019, la moyenne est de 48,8 contre 49 sur 100 en 2018, soit un recul de 0,2 point, une première depuis et en 10 ans. Seuls 8 pays africains se sont améliorés dans tous les secteurs de la bonne gouvernance, un bilan préoccupant sans compter l’impact de l’épidémie du coronavirus sur la situation économique et sociale . L’étude note qu’entre 2010 et 2019, la performance des pays africains en matière de développement humain s’est améliorée de 3% (51,9 sur 100 en 2019) tandis que celle en matière de fondements pour les opportunités économiques a augmenté de 4,1% (47,8 sur 100 en 2019). Cependant, le niveau des pays africains a reculé de -1,4% en ce qui concerne la participation, le respect des droits et l’inclusion des citoyens (46,2 sur 100 en 2019), et de – 0,7% en ce qui concerne la sécurité et l’Etat de droit (49,5 sur 100 en 2019. Loin de tout alarmisme, le rapport note cependant que « 60% des Africains vivent dans des pays où la gouvernance est meilleure en 2019 qu’en 2010 .Cependant, depuis 2015, ces progrès ralentissent, ce qui est un peu inquiétant. La pandémie actuelle de COVID-19 menace ceux qui ont progressé, en particulier dans le secteur économique » Maurice reste le meilleur pays africain en termes de gouvernance avec un indice de 77,2 tandis que la Somalie est le dernier du continent avec un indice de 19,2, alors que la Libye connait la plus forte détérioration avec -5,5, l’Algérie arrivant à la 15ème place (+3,3). L’Afrique australe réalise en 2019 la meilleure performance avec un indice de 53,3 suivie de l’Afrique de l’Ouest (53,1), l’Afrique du Nord (52), l’Afrique de l’Est (46,2), et l’Afrique centrale (38,8).Seuls huit pays ont amélioré leurs performances à savoir, l’Angola, le Tchad, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, Madagascar, les Seychelles, le Soudan et le Togo.

3.-L’analyse précédente montre qu’effectivement l ’Afrique a été ces dernières années parmi les régions du monde qui ont connu la croissance la plus rapide au monde. Mais avec les frontières désormais fermées pour empêcher la propagation de la maladie et des compagnies aériennes entières clouées au sol, le secteur a été presque entièrement fermé. Les gouvernements africains pourraient perdre jusqu‘à 20 à 30 % de leurs recettes fiscales, estimées à 500 milliards de dollars en 2019, selon un rapport de l’Union africaine .Les exportations et les importations devraient quant à elles chuter d’au moins 35 % par rapport aux niveaux de 2019, ce qui entraînerait une perte de valeur des échanges d’environ 270 milliards de dollars. La propagation du virus entraînera une augmentation des dépenses publiques d’au moins 130 milliards. Les producteurs de pétrole comme l’Angola, le Nigeria, l’Algérie, seront parmi les plus touchés et devraient voir leurs déficits budgétaires doubler en 2020 avec une contraction du PIB supérieur à 3 %, selon le FMI. Pour le secteur du tourisme et des voyages en Afrique pourrait perdre au moins 50 milliards de dollars en raison de la pandémie de la Covid-19 et au moins 2 millions d’emplois directs et indirects, toujours selon l’étude de l’UA et 20 millions d’emplois sont menacés en Afrique en raison de l’impact de la pandémie de coronavirus. ET sans compter l’impact du réchauffement climatique horizon 2030 sur l’Afrique où l’épidémie du coronavirus ne serait qu’un épi –phénomène. Pour l’instant, selon l’IRES de Paris, l’Afrique représente seulement 1,5% du PIB mondial, 2% du commerce mondial et 2% à 3% des investissements directs étrangers. Selon un rapport de la Cnuced publié en 2019, la part du commerce interafricain est encore faible, 15,4% du total des échanges de marchandises de l’Afrique (exportations plus exportations) en 2016, soit $129 milliards, surtout au regard des grandes zones économiques mondiales comme l’Union européenne (61,7%) ou celle de l’Accord de libre échange nord-américain (Nafta, 40,3%). Il est toutefois supérieur au commerce intra régional du Marché commun du Sud (Mercosur, 14,5%) mais surtout il a fortement progressé avec un taux de croissance moyen de 12,5% par an. Seul le commerce avec l’Asie fait mieux avec un taux de croissance moyen de 15,2% par an. L’Asie, deuxième partenaire commercial de l’Afrique (35,8%) est suivie par l’Europe (37%) mais dont la part s’érode.

4.-Cependant subsistent bon nombre d’obstacles, dont les raisons sont multiples : manque de capitaux, d’infrastructures et mauvaise gouvernance. Sans compter les taxes douanières qui coûtent très cher. Tous ces problèmes de logistiques associés « au manque de compétence des ressources humaines constituent un sérieux frein à la fluidité des échanges alors qu’une entreprise a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée . Certes, des organisations telles que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Ceeac) existent. Mais plusieurs dissensions entravent leur bon fonctionnement. Se pose essentiellement le problème de la sécurité et de la stabilité des Etats qui doivent se fonder sur des valeurs démocratiques. Et là se pose la problématique des tensions au Sahel. Nous avons assisté dans la région à de profondes mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen, avec des conséquences pour la région. Il existe par ailleurs la barrière de la langue et de la culture entre les pays de la zone francophone et anglophone qui ne facilite pas le développement de l’intégration régionale. Et surtout l’importance du poids de l’informel en Afrique, variant selon les pays, mais dépassant 60/70% de la superficie économique pour certains pays employant plus de 70% de la main-d’œuvre. Selon le Bureau international du travail (BIT), ce secteur fournit ainsi 72% des emplois en Afrique subsaharienne, dont 93% des nouveaux emplois créés, en comparaison du secteur formel qui n’emploie que près de 10% des actifs sur le continent. Au Maghreb (voir notre étude réalisée sous ma direction pour l’Institut français des relations internationales, Paris -IFI décembre 2013 sur les enjeux géostratégiques de la sphère informelle au Maghreb ), elle dépasse les 50% de la superficie économique avec moins de 3% d’échanges intermaghrébins.

5.-Se pose pour l’Afrique le problème de la sécurité et de la stabilité des Etats qui doivent se fonder sur des valeurs démocratiques tenant compte de sa riche anthropologie culturelle car une nation sans sa culture est comme un corps sans âme et éviter ces guerres fratricides souvent pur des raisons ethniques, entrainant d’importants flux migratoires au sein de ce ce continent. .Nous avons assisté dans la région à de profondes mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen, avec des conséquences pour la région. Comme nous assistons récemment depuis le début 2018, à l’arrivée de nouveaux groupes venant de la Syrie et de l’Irak qui s’installent au niveau de cette région avec le risque de déstabilisation et donc à de profondes mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen. D’où l’urgence de lever les contraintes du fait que la corruptibilité générale des institutions, pèsent lourdement sur les systèmes chargés de l’application des lois et la justice pénale en général qui ont des difficultés à s’adapter aux nouveaux défis posés par la sophistication des réseaux du crime organisé. La collaboration inter-juridictionnelle est ralentie par l’hétérogénéité des systèmes juridiques notamment en Afrique du Nord et en Afrique noire. De plus, la porosité des frontières aussi bien que la coordination entre un grand nombre d’agences chargées de la sécurité aux frontières posent de grands problèmes. À terme, il s’agira d’attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes. Il s’ agit dorénavant de mettre l’accent sur l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires internationaux, du fait que la région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d’armes ou la drogue, menaçant la sécurité régionale. Le Nepad le 23 octobre 2001, au sommet de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) qui s’est tenu à Abuja avec par la suite une synthèse entre deux plans : celui de l’Algérie et de l’Afrique du Sud appelé « Millenium African Plan » (MAP) et celui du Sénégal dénommé plan Omega, fusionnés pour donner la « Nouvelle initiative africaine » (NIA) avait été conçu pour faire face aux difficultés politiques et économiques du africain. Force est de constater que le bilan est mitigé et s’impose une autre organisation tenant compte des nouvelles mutations régionales.

6.-Pour analyser les blocages en Afrique, on ne peut isoler les facteurs économiques des facteurs politiques. Le rapport conjoint BAD-GFI a mis en relief le fait que l’Afrique a pati de transferts nets enregistrés pour les flux financiers sortants frauduleux, et que la fuite des ressources hors de l’Afrique freine le décollage du continent. Ainsi, les dirigeants africains doivent s’engager résolument dans la réforme globale, donc la démocratisation de leur société, évitant de plaquer des schémas déconnectés des réalités sociales. Le développement de l’Afrique sera profitable à l’ensemble des autres espaces économiques évitant cette migration avec des milliers de morts. Dans le cas contraire, il est à craindre des crises politiques à répétition. Bon nombre de citoyens africains traversent une crise morale du fait du manque de valeurs au niveau du leadership avec le danger d’une polarisation de la société. Le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus grand. L’écart de revenus renforce les inégalités en matière de richesses, d’éducation, de santé et de mobilité sociale.. Cependant, l’Afrique, pour peu que les dirigeants dépassent leurs visions étroites d’une autre époque, a toutes les potentialités pour devenir un grand continent. Pour cela, des stratégies d’adaptation au nouveau monde sont nécessaires, étant multiples, nationales, régionales ou globales, mettant en compétition/confrontation des acteurs de dimensions et de puissances différentes et inégales. Les responsabilités de son sous développement sont liées à sa mauvaise gouvernance devant lever les obstacles à la mise en œuvre d’affaires communes, notamment la lutte contre la bureaucratie qui engendre le fléau de la corruption et l’adaptation du système socio-éducatif, la ressource humaine étant le pilier de tout processus de développement. Or, une enquête menée par l’UA que la majorité des pays africains consacrent moins de 1% de leur PIB dans la Recherche-développement (R-D), et l’Unesco souligne que l’Afrique ne consacre que 0,3% du PIB en moyenne à la R-D. C’est sept fois moins que l’investissement réalisé dans les pays industrialisés.

En résumé, l’Afrique, continent à fortes potentialités peut devenir la locomotive de l’économie mondiale ente 2030/2040 ,avec 25% de la population mondiale, sous réserve d’une nouvelle gouvernance , d’un Etat de Droit, de plus d’espaces de libertés, afin de concilier l’efficacité économique et une très profonde justice sociale renvoyant à la moralité de ses dirigeants. Les Africains doivent être conscients que dans les relations internationales actuelles n’existent plus de micros- Etats, de relations d’Etat à Etat mais doivent s’appuyer sur des réseaux Il s’agira de favoriser des co-partenariats au sein d’intégrations sous régionales, pour une prospérité partagée, loin des anciens préjugés de domination, l’Afrique du Nord pouvant servir de pont entre l’Europe et l’Afrique. Face aux bouleversements géostratégiques, l’Afrique est appelée à se déterminer par rapport à des questions cruciales et de relever des défis dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils dépassent en importance et en ampleur les défis qu’elle a eus à relever jusqu’à présent. Mais avant tout, l’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit.

ademmebtoul@gmail.com

Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL -Membre du conseil scientifique depuis 2015 à ce jour , de l’organisation panafricaine Cafrad/Unesco

AZ Hotels

partage

comments