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« Chaque Gabonais a droit à une alimentation de qualité, donc saine, sûre, salubre et nutritive »
Entretiens

Alia Maeva Bongo Ondimba : Directrice Générale de l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA)

« Chaque Gabonais a droit à une alimentation de qualité, donc saine, sûre, salubre et nutritive »

Enie


Afrik Economy : Bonjour Madame la Directrice Générale, pouvez-vous nous faire une présentation de l’AGASA ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : La création de l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) résulte de la volonté du Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba, de doter le Gabon d’une agence chargée d’exécuter les politiques publiques en matière de sécurité sanitaire et phytosanitaire. Cette structure, présente dans les 9 provinces du Gabon, a vocation à apporter des solutions concrètes aux problèmes structurels liés à la consommation de denrées alimentaires impropres qui exposent les populations à des risques sanitaires. Il s’agit donc de protéger les consommateurs en intervenant tant sur le plan de la prévention que la détection et la gestion des risques d’origine alimentaire. La sécurité alimentaire est un domaine sensible et cette donne confère à l’AGASA un caractère stratégique. D’ailleurs, notre présence sur le terrain fait ressortir de fortes attentes des populations sur ce plan (sécurité alimentaire). Il y a une nécessité d’agir auprès opérateurs, à la fois pour des actions de sensibilisation et de l sanction, pour limiter l’exposition des consommateurs aux risques.

Afrik Economy : Quelle est votre feuille de route pour l’AGASA ? Actions, réformes et nouveaux textes ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : Il faut souligner que l’AGASA est une agence technique qui dispose de 4 directions ayant chacune une feuille de route 2019 avec des actions concrètes et ciblées. La Direction des Opérations Techniques (DOT) renforcera le cadre législatif et réglementaire de la sécurité sanitaire et phytosanitaire au niveau de notre agence, mais également en corrélation avec les textes nationaux et internationaux (tels que le codex alimentarus). Elle devra également élaborer projets de décrets et d’arrêtés en lien avec notre secteur pour les soumettre à notre ministère de tutelle. Concernant la Direction de l’Evaluation des Risques Sanitaires et Phytosanitaires (DERSP), renforcera les activités d’agréage des établissements alimentaires. S’agissant de la Direction de l’Inspection et Contrôle Sanitaires et Phytosanitaires (DICSP), elle multipliera les contrôles (des établissements alimentaires, des producteurs primaires, des postes d’inspection frontaliers, des établissements phytosanitaires et des produits phytosanitaires). Pour ce qui concerne la Direction Sanitaire Halieutique (DSH), celle-ci harmonisera son cadre réglementaire sur l’ensemble de la filière pêche et déploiera ses plans de surveillance sur la chaine du froid de la filière des produits de la pêche. La direction mettra aussi en place un plan de surveillance des contaminants des produits de la pêche, contribuer à la réduction sanitaire post-pêche. L’AGASA renforcera les capacités des personnels à travers des formations pour encourager les opérateurs à adopter les bonnes pratiques d’hygiène.

Afrik Economy : Madame la Directrice Générale, quel est le défi à relever pour assurer à tous les gabonais une alimentation saine ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : Il n’y a pas de sécurité alimentaire sans sécurité sanitaire des aliments, Chaque Gabonais à droit à une alimentation de qualité, donc saine, sûre, salubre et nutritive. Bien que le risque zéro n’existe pas, notre défi majeur est de limiter au maximum le risque d’exposition des populations à des produits dangereux ou ceux pouvant l’être potentiellement, donc d’en garantir l’innocuité. Les consommateurs doivent ressentir les effets positifs de l’action de l’AGASA et se sentir protégés. Pour relever ce défi de taille, nous concentrons nos efforts sur des actions concrètes. C’est le cas de notre système d’appréciation représenté par un pouce, un smiley mis sur les devantures d’établissements alimentaires. Dans le cadre de notre mission d’inspection et de contrôle des établissements alimentaires, les agents de l’AGASA sillonnent pour s’assurer non seulement du respect de la chaine de froid, des niveaux de conservations, mais aussi les conditions d’hygiène de stockage et d’entreposage des produits. Je suis déterminée à veiller à ce que les Gabonais consomment mieux et que les produits mis à leur disposition soient tenus dans d’excellentes conditions.

Afrik Economy : Peut-on connaitre les causes de l’insécurité alimentaire et comment combattre ce phénomène, selon vous ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : La question de l’insécurité alimentaire intègre deux volets. Le premier volet est d’ordre quantitatif, à savoir la disponibilité et l’accès à l’alimentation. Les solutions à cette problématique s’inscrivent dans toutes les politiques mises en place par le Ministre en charge de l’Agriculture, Mr Biendi Maganga Moussavou, qui visent notamment l’autosuffisance alimentaire, la stabilisation des marchés, la mise en place des zones agricoles à fortes productivités. L’AGASA elle, intervient sur le deuxième volet de la sécurité alimentaire. Celui qui concerne l’aspect qualitatif de l’alimentation et qui renvoie au défi de garantir l’accès permanent et durable aux ressources alimentaires tout en priorisant la salubrité, donc l’innocuité des aliments et l’équilibre nutritionnel. Aujourd’hui cette insécurité alimentaire au Gabon se matérialise par certaines habitudes de consommation qui reposent sur le choix de l’aliment facile d’accès et à moindres coût au détriment du choix de la qualité. Ce phénomène explique des cas de maladies (obésité, cancer du colon, intoxication alimentaire). Pour combattre ces habitudes, nous priorisons la sensibilisation de ces opérateurs à la sanction. A travers des campagnes, des concertations, nous incitons les opérateurs du secteur agricole (producteurs, transformateurs, distributeurs, restaurateurs, transporteurs.) à se faire agréer. L’obtention de l’agreement sanitaire, qui est le seul gage de conformité aux conditions d’hygiène, constitue un atout pour les établissements. Elle favorise la confiance des consommateurs qui sont ainsi guidés vers les bons choix alimentaires.

Afrik Economy : Selon certains experts de la question, la sécurité alimentaire mondiale se joue en Afrique….. Partagez-vous cette idée ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : L’Afrique est détentrice de plus de la moitié des terres arables mondiales d’une part et d’un potentiel humain et hydraulique inestimable d’autre part. Après cela, il est évident que l’Afrique est le futur grenier du monde. Mais faut-il encore que nous passions d’importateur à producteur. Nous possédons un climat favorable, et la demande explose sous l’effet de l’accroissement démographique et du développement urbain. Notre pays doit produire plus pour garantir une autosuffisance pour nos populations mais également pourvoir s’imposer sur un marché à l’export qui est de plus compétitif, ainsi les opportunités d’investissement ne manquent pas et nous pouvons aisément dire que la majorité de nos produits sont quasiment bio car la gestion de l’utilisation des pesticides est encadrée par notre agence.

Afrik Economy : Quels sont vos projets classés en prioritaires ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : Pour l’année 2019, nous nous concentrons sur nos chantiers prioritaires qui s’inscrivent dans notre politique de promotion de la « qualité ». Ces projets concernent notamment la création d’un laboratoire d’essai et d’analyse dédié à la sécurité alimentaire, la mise en place de parcs de quarantaine en collaboration avec notre ministère de tutelle, plus précisément avec la direction générale de l’Elevage afin de contrôler les animaux qui franchissent nos frontières et la réglementation des métiers de l’alimentation de rue (vendeurs ambulants de viandes, braiseurs, vendeurs de décoction à boire etc..), car nous assistons à la prolifération de toutes sortes d’aliments vendues sur la voie publique en violation des conditions d’hygiènes. S’ajoutent à cela la mise à niveau sanitaire de certaines filières, comme celle du manioc qui est l’aliment de base de bons nombres de foyers gabonais et aussi le développement d’une infrastructure d’abattage normée, en mettant en conformité les dispositifs existants, afin de garantir la mise sur le marché de produits carnés de qualité. Outre ces actions, il faut rappeler que de nombreuses réformes sont en cour. La plus emblématique d’entre elles, celle de la réglementation des métiers de l’alimentation de rue, va faire l’objet d’une attention toute particulière pour réguler les conditions d’exercice. A cet effet, un projet de décret va très prochainement être soumis autorités par le ministre de tutelle. Le renforcement du cadre législatif et réglementaire de la sécurité sanitaire et phytosanitaire est une priorité pour s’arrimer aux standards internationaux. Rappelons que le Gouvernement a instruit notre ministère de tutelle de réduire de moitié les importations à l’horizon 2022.

Afrik Economy : En général, aujourd’hui, quelle agriculture pour la sécurité alimentaire africaine ?

Alia Maeva Bongo Ondimba : L’agriculture commerciale peut offrir de bonnes perspectives à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des Africains, surtout quand elle est organisée de manière à mobiliser également les paysans pauvres. Il est parfois nécessaire de stimuler la productivité des petits cultivateurs grâce à des mesures bien ciblées, comme les incitations à la production, le développement des infrastructures de commercialisation et la poursuite de la recherche concernant les terres non irriguées et autres zones marginales. Ces mesures auront un impact d’autant plus grand qu’elles seront prolongées par des programmes de vulgarisation agricole et d’éducation nutritionnelle. Les programmes qui visent à augmenter la production et les profits des entreprises contrôlées par des femmes peuvent également contribuer à améliorer la sécurité alimentaire des ménages. Les études ont souvent montré que l’argent gagné par les femmes a beaucoup de chances de servir à accroître la consommation alimentaire de la famille. Toutefois, il faut bien mesurer le pour et le contre des projets ciblés sur les femmes visant à augmenter leurs revenus, mais qui absorberaient une part excessive de leur temps, notamment celui qu’elles consacrent à leurs enfants. Pour notre part il y’a l’impulsion générée par notre ministère de tutelle afin d’augmenter la production nationale voire locale, s’assurer des niveaux de stocks suffisants, réduire nos capacités d’importation en produisant et consommons locales et s’assurer d’un réseau infrastructure efficient. D’un autre côté l’Agence tire un intérêt considérable des partenariats avec la FAO sûr…… mais également avec l’ONUDI sur des projets tels que le renforcement de la sécurité et de la qualité alimentaire pour améliorer les moyens de subsistance.

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